Semaine de l’ONU sur la lutte contre le terrorisme 2026 – Deuxième session de haut niveau – Intervention de Naoufel Gaied : Renforcer la coordination et la cohérence grâce à un multilatéralisme en réseau

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

A l’Institut international pour la Justice et l’État de droit, nous concevons le multilatéralisme comme deux faces d’un même miroir.

La première est celle des partenariats entre institutions : nos actions conjointes. La seconde est celle des réseaux que nous construisons entre les praticiens : des réseaux qui permettent de dépasser les frontières. Les deux sont indissociables : sans partenaires solides, nous ne pouvons créer des réseaux efficaces ; sans réseaux de praticiens efficaces, les partenariats institutionnels ne produisent pas d’impact durable.

1/ La première face du miroir est celle de nos partenariats.

En tant que l’une des trois institutions inspirées par le Global Counterterrorism Forum, nous travaillons quotidiennement avec les membres du United Nations Global Counter-Terrorism Coordination Compact afin d’assurer la cohérence de nos actions avec la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies.

Nous développons des projets conjoints ave d’abord les entités UN UNOCT, CTED, UNODC. Par exemple, Nous co-piloteront en novembre à Damas une action auprès des procureurs et juges syriens en partenariat avec EU-UN CT Global Threat Facility. 

Mais tenons également à inscrire ces partenariats dans la dimension régionale et sous régionale, en Afrique, au Moyen Orient, en ASE et Asie centrale. En coopérant avec de nombreuses organisations régionales et centres d’excellence tels que le Centre africain de lutte contre le terrorisme de l’Union africaine, ou le Centre d’excellence DAT de l’OTAN. Et bien évidemment notre partenariat majeur avec la Ligue des États arabes et l’AIMC.

Dans la granularité de cette approche au plus près des besoins spécifiques des praticiens, nous menons également une stratégie de partenariat renforcé avec les écoles et instituts de formation des enquêteurs et magistrats : laissez-moi citer le CFJ de Dakar, l’ENAM d’Abidjan ou encore JCLEC, avec lesquels nous avons récemment conduit un dialogue opérationnel sur les preuves de guerre à Semarang en Indonésie.

Ce réseau de partenaires nous permet de conjuguer expertises, expériences et ressources autour d’un objectif commun : renforcer la réponse pénale au terrorisme.

2/ La seconde face du miroir est celle des réseaux que nous créons entre les praticiens.

Notre mission consiste à outiller et à mettre en relation les femmes et les hommes qui, demain, devront travailler ensemble dans des enquêtes transfrontalières. Aujourd’hui, plus de 11 000 alumni issus de plus de 120 pays composent cette communauté mondiale de procureurs, enquêteurs, juges, analystes financiers et décideurs. Nous voyons chaque année ces réseaux produire des résultats concrets.

Le mois dernier à La Haye, grâce au soutien de UK nous avons réuni les responsables du Centre national irakien de coopération judiciaire internationale avec des magistrats issus d’une douzaine de pays européens afin d’améliorer les échanges de preuves et d’informations dans les dossiers de terrorisme. Dans quelques semaines, nous organiserons à Douchanbé un dialogue opérationnel similaire avec le soutien de l’Union européenne, en partenariat avec nos organisations sœurs GCERF et Heddayah.

Je voudrais illustrer ces deux faces du miroir par un exemple très concret : le Manuel de bonnes pratiques sur la coopération public-privé dans la lutte contre le financement du terrorisme, que nous avons lancé la semaine dernière à Hanoi, grâce au financement et partenariat de Global Affairs Canada. Ce manuel est, à lui seul, la démonstration de ce qu’est le multilatéralisme en réseau.

D’un côté, il est le fruit d’une véritable co-construction institutionnelle. Sa conception a mobilisé UN-CTED, UNOCT, UNODC, le Groupe Egmont, le Global Center on Cooperative Security, ASEANAPOL, INTERPOL, JCLEC, SEARCCT,… ainsi que de nombreux experts régionaux et internationaux.

De l’autre côté, il est le résultat d’une co-construction entre praticiens. Pendant deux ans, nous avons réuni plus de 220 enquêteurs, procureurs, juges et analystes financiers d’Asie du Sud-Est pour co-construire ce manuel. Et ce travail ne s’arrête pas à sa publication : il se poursuit aujourd’hui à travers la formation des points focaux régionaux chargés de diffuser ces bonnes pratiques dans leurs institutions respectives.

Autrement dit, les partenariats entre organisations ont permis de créer un réseau durable entre praticiens. C’est, à mes yeux, la meilleure illustration du thème de cette session.

En conclusion, je suis convaincu que le véritable défi n’est pas seulement de coordonner nos institutions, mais de faire en sorte que cette coordination bénéficie de façon durable directement aux praticiens qui sont en première ligne.

Vous connaissez l’adage : nous allons plus vite seul, mais tellement plus loin ensemble. Malheureusement la menace terroriste évolue, mute mais ne s’arrête pas. Nous devons donc concevoir notre approche dans le temps long, ne pas allez seul mais agir ensemble.

C’est cette vision du multilatéralisme en réseau qui guide l’action de l’IIJ, et c’est cette vision que nous continuerons à promouvoir avec l’ensemble de nos partenaires.

Je vous remercie.

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